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Richelieu prend possession du diocèse de Luçon le 21 décembre 1608. Il le quittera en 1623. François Bluche : Par accident. Il devait faire carrière dans l'armée mais son frère aîné a refusé l'évêché de Luçon pour devenir moine. Sa famille refusant de perdre le diocèse et l'argent qui va avec, il se voit dans l'obligation en 1605 de se tourner vers une carrière religieuse. Il commence alors en catastrophe des études de théologie pour être nommé évêque de Luçon le 18 décembre 1606 par le roi Henri IV. Il est sacré à Rome le 17 avril 1607 et prend possession de son diocèse le 21 décembre 1608. Il le quittera en 1623. Cette nouvelle carrière ne lui déplaît pas. Fragile et maladif, il est plus attiré en effet par les études universitaires que par les armes.
V-M : A-t-il vraiment prononcé cette fameuse phrase : « Luçon, l'évêché le plus crotté de France » ?
F. B : Oui, c'est exact. Mais c'était un bon mot, une vanne qu'il a lancé. Ce n'était pas en réalité un diocèse misérable. Il touche d'ailleurs grâce à sa charge près de 18 000 livres par an, un revenu plus que convenable pour l'époque. Certes, Luçon se trouvait à l'époque dans l'une des zones les plus déshéritées du royaume mais il ne faut pas exagérer comme on le fait souvent la misère qui régnait alors dans le diocèse.
V-M : On a l'image d'un Richelieu plus politique que religieux, presque laïc. S'est-il bien occupé de son diocèse ?
F. B : Oui, il a été un bon évêque. Il a joué le jeu et, pendant les 15 années de sa charge, il a passé près de la moitié de son temps dans son diocèse. Il allait souvent voir ses paroissiens. Il commença également les travaux de restauration de la cathédrale qui était alors presque en ruine. Contrairement aux idées reçues, c'est un homme qui a la foi. Elle n'est pas mystique mais il croit en la puissance de l'Église. Durant ces 15 années, il a surtout été un honnête évêque de la contre-réforme. Il a mis en oeuvre les réformes institutionnelles que le concile de Trente avait instituées au milieu du XVIe siècle en réaction à la Réforme protestante de Martin Luther.
Richelieu a mis en oeuvre ces réformes alors que dans son diocèse les protestants étaient nombreux et très véhéments. Proche de La Rochelle, place forte protestante, le diocèse était très difficile à gérer. Et cela d'autant plus que Richelieu n'avait pour appui qu'un clergé local peu instruit. Pour combattre cette ignorance, Richelieu a même tenté de fonder un séminaire mais ce projet ne put aboutir.
V-M : Après son départ de l'évêché en 1623, l'histoire de Richelieu rencontre-t-elle de nouveau celle de la Vendée ?
F. B : Oui en 1636. La France est cette année-là en guerre contre l'Espagne. La Picardie est envahie et le royaume en difficulté. Cette même année, les paysans du Poitou étaient insurgés. Fontenay-le-Comte, capitale du Bas-Poitou, était le centre névralgique de la révolte.
Richelieu, alors le principal ministre de Louis XIII, voulut s'attacher la bourgeoisie de Fontenay qui était le seul centre important de Vendée. Richelieu décida l'établissement d'un tribunal de justice, appelé présidial. Un signe de reconnaissance. Mais la révolte ne prit pas fin pour autant. C'est seulement en 1644 que l'intendant du Poitou réussit à rétablir l'ordre dans la province et que le présidial a pu être définitivement installé.
Propos recueillis par François-Xavier Rigaud
François Bluche, « Richelieu », 2003, Perrin.
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