Édition du samedi 19 avril 2008
A l'Edhec, la voile en valeur ajoutée
La course croisière de l'École de hautes études commerciales fête sa 40e édition. Cet événement s'est pérennisé grâce à une organisation « maison ». Aperçu des rouages déployés.
Cellule familiale. « On crée tout de A à Z, on construit un village, c'est un événement complet », synthétise Manuel Schott, 21 ans et « fiston ». Car l'organisation de la course est avant tout une grande famille où règne le « padre » - comprendre l'étudiant en deuxième année, plus expérimenté. Sélectionnés dès octobre, après plusieurs entretiens, par le « padre » - ou « madre » pour les filles - les « fistons » et « fistonnes » intègrent un département. Leur tâche est d'apprendre et de se former pendant une édition aux côtés de leurs aînés. Objectif : « Les premières années finissent autonomes et acquièrent une méthode », explique Nicolas de Villeneuve, « padre » en charge du comité Mer qui gère les régates. L'association organisatrice s'appuie également sur « une transmission de savoir-faire et d'expériences entre les promotions d'étudiants », développe le « padre » Arthur Bouvier d'Yvoire, 23 ans.
Un système très simple a donc été mis en place pour assurer la relève sans perte d'informations. Les étudiants, toutes années confondues, rédigent des passations qu'ils transmettent à leurs successeurs avec un bilan de leurs erreurs et des pistes pour innover. Une méthode rodée malgré les changements de sites : Brest, La Rochelle et Les Sables-d'Olonne.
Un budget de 1,4 million à gérer
Vitalité d'une PME. Véritable petite entreprise, l'association organisatrice compte 53 personnes mobilisées pendant une année. Elle s'articule autour de trois pôles principaux, logistique, communication et sportif, qui se déclinent en départements. Une section de 35 bénévoles, appelée « roadie », vient prêter main-forte à l'équipe la dernière semaine de préparation. Complémentaire des études de commerce, cet événement au budget de 1,4 million d'euros, entraîne les novices à démarcher les sponsors. Le but ? Obtenir victuailles et boissons pour 6 000 étudiants, soit 70 tonnes de nourriture. Le tout gratis, bien sûr. « Il faut faire preuve de débrouillardise », confie Ghislain Demory, du département restauration. En somme, un travail-pratique et un premier contact dans le monde de l'entreprise. À tel point qu'édition après édition, la frontière est devenu floue : « Certains prestataires étaient persuadés que nous étions une entreprise », s'en amuse Benjamin Gillet, « fiston » dédié à la course en mer.
Relations humaines à deux étages. Des liens sont forgés pendant un an entre les compagnons, mi-collègue mi-famille. Derrière un esprit de cohésion fort, les six mois de cohabitation impriment un sens de la hiérarchie. Tour à tour formateur et chef, le « padre » Ghislain Demory assure qu'il y a un lien d'autorité car « nous avons des budgets serrés et cela peut très vite déraper. Le « fiston » a une obligation de résultat. » Logique d'entreprise toujours pour ces futurs commerciaux.
A l'opposé de ses rapports hiérarchiques, des amitiés se tissent et des réseaux utiles pour les carrières se forment. Les néophytes vont à bonne école : « Le padre m'implique, demande mon avis pour les devis... », s'enthousiasme le « fiston » des relations presse, Victor Beis. La transition se fait alors sans accroc.
C'est peut-être pourquoi, lors du cocktail des 40 ans, certaines anciennes « petites mains » - devenues des cadres voire des chefs d'entreprise - sont revenues fières de porter encore leur veste d'organisateurs, vieilles de 10 ou 20 ans.
Ouest-France