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Sans Mai 68, pas sûr que Guy Champain serait devenu prêtre-ouvrier. Les turbulen-ces sociales de cette année-là lui ont ouvert les yeux, l'obligeant aussi à s'interroger sur les ressorts de sa foi. À la fin de l'année 68, Guy Champain « monte » à Paris. Sa hiérarchie lui a proposé de poursuivre des études de théologie. Il a dit oui, « mais je n'ai pas été très assidu », sourit Guy Champain. Les braises de Mai 68 sont encore fumantes. Dans le quartier latin notamment, que le prêtre fréquente de temps en temps. « Il y avait des CRS partout, à tous les coins de rue, se souvient-il, c'est là que j'ai respiré pour la première fois de ma vie des bombes lacrymogène. »
Plus que les lacrymo, il respire surtout le parfum de révolte qui flotte toujours sur la capitale. A l'invitation de son frère, « qui était curé à l'époque », il se rend aux réunions d'Echanges et dialogues, un groupe de réflexion né dans l'effervescence de Mai 68. Guy Champain écoute. Et entend. Des réflexions sur le célibat des prêtres, considéré parfois comme un vestige dépassé d'une Eglise recroquevillée sur elle-même, ou des revendications, par exemple sur la volonté de certains prêtres d'avoir un travail salarié. « C'était une revendication très forte. »
« Des questions sur l'Absolu »
Pour porter la parole de Dieu dans les usines ? « Un peu, peut-être, mais ce n'était pas l'essentiel. L'idée, c'était surtout d'être au contact des ouvriers, de faire corps avec eux. » Guy Champain est « traversé » par cette émulsion intellectuelle. Sa foi vacille-t-elle ? Son regard se perd dans l'horizon yonnais, dans son HLM de la Généraudière, à La Roche-sur-Yon. « Je ne crois pas, mais j'ai commencé à me poser des questions sur l'Absolu. » Ces événements l'obligent à se pencher sur les ressorts profonds de son engagement, pour en chercher les racines. L'année 69 sera décisive pour lui. Elle sera celle de la maturation.
Avant le grand saut. Exercer son ministère oui, mais au contact de la vie réelle. Bref, plutôt l'usine que l'autel, la cote plutôt que l'aube. Début 70, il envoie un courrier à l'évêque de Vendée, Mgr Paty. Pour lui dire quoi ? « Que je souhaitais devenir prêtre-ouvrier. » Le message est bien reçu par l'Eglise de Vendée. Une Eglise qui ne sort pas complètement indemne des turbulences soixante-huitardes. Des prêtres ont claqué la porte de l'église. « Une hémorragie importante », rappelle même Guy Champain. Guy Champain, lui, est resté, mais les questions se bousculent. « Je me disais : mais pourquoi toi, tu restes. » Une question qu'il ne se pose plus. « Plus à mon âge. » Mais il le sait, sans Mai 68, sa vie de prêtre n'aurait peut-être pas été tout à fait la même.
Philippe ECALLE.