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Le 8 mai, 2 000 Vendéens, principalement des fonctionnaires, se massent devant la gare de La Roche-sur-Yon. Guy Ruchaud, secrétaire de la CFDT, harangue l'assistance. Le vrai coup de semonce n'éclate que le 8 mai. 2 000 manifestants devant la gare de La Roche. Le lendemain, on ouvre comme si de rien n'était la foire-exposition ! Tout à fait à l'image d'un mois et demi à peine où, d'un jour à l'autre, le mouvement, en Vendée, va hésiter entre contestation et peur de la dérive. Où on refait le monde dans les cours de récréation des lycées pendant qu'on s'inquiète du manque d'essence dans les campagnes.
A vrai dire, la contestation sociale va être principalement « importée » de l'extérieur. Le premier « geste » social, c'est la grève des cheminots. Symbolique d'une agitation qui va surtout être entretenue par les fonctionnaires (enseignants, grands secteurs publics) et relayée beaucoup plus modérément dans le monde ouvrier, hormis quelques points chauds comme Big Chief ou Esswein. Principalement à La Roche-sur-Yon, la préfecture, donc, et un peu aux Sables avec un brûlot sur le port.
Fontenay-le-Comte, Saint-Gilles-Croix-de-Vie sont sur la réserve. Le Bocage bouge aussi un peu. Les salariés de Defontaine, à La Bruffière, seront parmi les derniers à reprendre le travail, début juin. Chez Fleury-Michon, le comité d'entreprise, à qui on a donné le choix, vote la poursuite du travail ! Le dernier carré à « tomber » est un groupe d'enseignants yonnais. A aucun moment, il n'y a eu de violence. Les rancoeurs seront vite effacées.
Une secousse sismique sociale
Le « retour à l'ordre » sera expéditif. Dès le 4 juin, tout est fini. La contre-manifestation gaulliste, drapeaux tricolores en tête de cortège, chante la « Marseillaise » à pleins poumons. Pour les plus contestataires, le rêve est passé. Il n'y aura pas de grand soir. Fin juin, les Vendéens renvoient quatre députés gaullistes (ou de droite) à l'assemblée.
Parenthèse sans lendemain ? Évidemment non. La secousse sismique sociale a aussi traversé la Vendée. Le monde agricole, curieusement, en a été durablement marqué. Mai 1968 marque le début d'une autre façon de travailler, moins individualiste. L'Église, même, doit tendre une oreille plus attentive à son aile la plus progressiste. Le bilan est plus mitigé dans le monde ouvrier. Les piquets de grève bon enfant ont certes débouché sur des hausses de salaires générales appréciables. Mais dès la crise pétrolière de 1973, le gain est mangé. Les patrons vendéens ont bien passé le gué, persuadés que, l'effervescence passée, le goût du travail bien fait reprendrait le dessus.
Si vainqueur il y a, c'est la toute nouvelle CFDT, issue d'une scission avec la CFTC, qui en a recueilli les fruits. Encore première centrale en Vendée aujourd'hui, elle est « née » en mai 1968. Elle avait alors cristallisé les aspirations profondes des travailleurs vendéens : soif de justice sociale, élan réformateur, mais sans remise en cause systémique de la société. Toute l'ambiguïté de Mai 1968.
Marc LAMBRECHTS.