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Yves Gonnord, le président de Fleury-Michon (à gauche), signe la préface du livre de Vincent de Poret (à droite). Comment l'idée de ce livre est-elle née ?
Nous avons commencé à réfléchir sur le sujet avec mon père, aujourd'hui décédé, en 2001 lors de l'éclatement de la bulle internet. Nous sommes partis d'un constat : le changement économique est devenu aujourd'hui la norme. Mais, dans ce contexte, la Vendée et son capitalisme familial fait mieux que résister. Ce n'est pas un nouveau livre sur le « miracle » économique vendéen mais plutôt sur ses dessous, pourquoi ça fonctionne. Ce qui fait l'originalité de notre démarche, c'est que nous confrontons le regard de deux générations, celle de mon père et la mienne.
Pourquoi ce titre de « Capitalisme à visages humains » ?
Il nous semble qu'il est bien adapté à la réalité économique vendéenne. Notre capitalisme repose sur des relations de proximité, construites dans la durée. Il réussit ainsi à concilier capital et travail. C'est un autre visage du capitalisme que nous proposons. Pas le côté agressif, destructeur mais le visage créateur, inventif, innovant.
Notre travail est fondé sur plus d'une cinquantaine d'entretiens avec des chefs d'entreprise, mais aussi d'élus locaux. Nous considérons que les élus sont les entrepreneurs des collectivités. Nous nous sommes vraiment fixé sur ces témoignages pour écrire ce livre qui nous a demandés cinq ans de travail. Notre projet a été marqué par des rencontres clés comme celle d'Yves Gonnord, président de Fleury-Michon.
Quels sont les piliers du « capitalisme vendéen » ?
Ce sont les choses qu'on ne voit pas dans le bilan d'une entreprise. C'est tout d'abord la qualité de la main-d'oeuvre vendéenne. C'est également la confiance entre salariés et la direction, ce qu'on appelle le capitalisme solidaire. Notre management de proximité au sein de nos entreprises est aussi un grand atout. Enfin, le dernier grand pilier de la réussite des entreprises vendéennes est la politique de long terme menée par ses actionnaires le plus souvent familiaux.
Le « modèle » vendéen a-t-il de l'avenir face à la toute-puissance du capitalisme financier ?
Oui, bien sûr. Il faut que les entreprises protègent et valorisent ces atouts. Ils sont primordiaux car ils sont le chaînant manquant entre le développement durable et la performance économique. Aujourd'hui, on demande à une entreprise d'avoir une vision plus seulement économique mais sociale, sociétale et environnementale. C'est ce qui manque au capitalisme financier. Si le capitalisme veut survivre, il doit passer par là.
Propos recueillis par François-Xavier Rigaud
Capitalisme à visages humains, 2008, éditions Siloë, 24 euros.
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